Satori à Paris est le premier livre de Jack Kerouac que j’ai lu. Dans ma bibliothèque traîne depuis de nombreuses années Sur la route (On the road) mais je ne l’ai jamais commencé parce qu’il a été cité par tant de gens qui ne lisent finalement que très peu. Je me méfie aussi des livres qui sont adaptés au cinéma et enfin les beatnick ce n’est pas vraiment mon truc. Par contre, j’ai découvert William S. Burroughs avant Kerouac et j’ai instanténément été séduit par son style, Junky, si bien écrit vous fait presque adhérer à la came si vous ne faîtes pas déjà partie des camés. Dans une interview, Burroughs refuse d’être affilié à la Beat Generation, je dirai plutôt qu’il est imprégné de l’underground. C’est le regretté libraire indépendant de la rue Git le coeur qui m’a refilé un livre sur l’écriture parlant de Burroughs, Ginsberg et Kerouac. C’est d’ailleurs dans cette même rue que Burroughs acheva d’écrire La machine molle dans le Beat Hôtel, hôtel alors délabré où vécurent pas mal d’artistes. Revenons à Kerouac et à Satori à Paris. J’ai été agréablement surpris et me suis attâché immédiatement à son protagoniste venu à Paris d’abord puis parcourant la Bretagne afin de trouver ses origines bretonnes pour cet américain natif de Lowell dans le Massachusset et vivant à Tampa en Floride. On imagine le gars costaud, ancien sportif, gouailleur, belle gueule, drôle, cultivé, dragueur, soiffard au cognac, avalant d’un trait une demi bière et chauvin sur les bords. Kerouac, têtu, ne manque pas de références historiques et littéraires, il se répète pour nous les faire rentrer en tête. C’est un homme cherchant le contact et il ne râte aucune occasion pour tailler une bavette au premier venu, offrant même un verre à un chauffeur de taxi pendant une course. Vous l’aurez compris, ce livre est vivifiant, on regrette de ne pas avoir croisé ce type si chaleureux. Il ne me reste plus qu’à lire On the road mais mon second livre de Jack Kerouac sera Les souterrains (The subterraneans).
Quelques citations :
J’avais déjà le mal du pays. Pourtant ce livre doit prouver une chose : quels que soient la manière dont vous voyagez et le « succès » de votre périple, même si vous devez l’écourter, vous apprenez toujours quelque chose, et vous apprenez à vous changer les idées.
Je mentionne ces faits pour montrer qu’il y a des gens qui savent vivre. Mes manières, abominables parfois, peuvent être exquises. En vieillissant, je suis devenu un ivrogne. Pourquoi ? Parce que j’aime l’extase de l’âme. Je suis un misérable. Mais j’aime l’amour.
J’aurais mieux fait de rester chez moi pour peindre le Mariage mystique de Sainte Catherine, d’après Girolamo Romanino, mais je suis trop esclave du bavardage et de la langue, la peinture m’ennuie ; et il faut toute une existence pour apprendre à peindre.
Contentons-nous de dire qu’à mon retour à New-York, j’ai eu plus de plaisir avec l’accent de Brooklyn que je n’en avais éprouvé de toute ma vie, et surtout, quand je suis retourné dans le sud, wouff, quel miracle ces langues différentes, quelle étonnante tour de Babel ce monde peut être. Non mais, rendez-vous compte, si vous allez à Moscou, Tokyo ou Prague et écoutez tout ça !
Quelque part, pendant ces dix jours passé à Paris (et en Bretagne), j’ai reçu une sorte d’illumination, qui, semble-t-il, m’a une fois de plus transformé, orienté dans une direction que je vais sans doute suivre, cette fois encore, pendant sept ans ou plus : bref, ç’a été un satori, mot japonais désignant une « illumination soudaine », un « réveil brusque », ou, tout simplement, un « éblouissement de l’oeil ». – Appelez ça comme vous voudrez, mais il s’est bel et bien passé quelque chose.